vendredi 29 octobre 2010

L'Eglise est un bateau

Nous l'avons entendu assez souvent, la métaphore qui dit que l'Église est un bateau.

Je me rappelle même d'un orateur qui avait posé la question suivante : si l'Église est un bateau, quel type de bateau est-elle ? J'en ai vu pas mal ici au Cap, dans le port du Waterfront :

Des croisières de luxe
Des navires militaires
De petits bateaux de plaisance
Des bateaux de pêche
Des canots de sauvetage

Il y a du vrai dans toutes ces images.

Il y a des moments où nous vivons des choses tellement sympathiques, tellement joyeuses, qu'on pouvait se croire à bord d'une croisière. C'est un festin, une célébration et le maître de la fête change l'eau en vin, le meilleur vin qui soit...

Il y a des moments militants, aussi, où l'Église est confrontée au monde, avec ces systèmes d'injustice où le péché prolifère et où Dieu est marginalisé pour n'occuper qu'un petit coin d'une supposée sphère privée - à ces instants-là, unis autours d'un même projet, suivant le même capitaine, nous avançons pour promouvoir la justice, la compassion, des émissaires de Jésus pour répandre son message et son amour...

Il y a des moments, aussi, où nous vivons un peu repliés sur nous-mêmes, en sortie avec nous-mêmes sur un petit bateau de plaisance, de tourisme...


La pêche ! Jésus a dit, suivez-moi, je ferai de vous des pêcheurs d'homme. Et de vrais pêcheurs ont quitté leurs filets pour le suivre, et pour annoncer au nom de Jésus le pardon, la repentance, la foi et la joie avec Dieu. On entre dans ces filets-là de bon gré, on est content de s'y retrouver...

Le sauvetage. Nombreux sont ceux, qui, naufragé par la vie, à la merci des vagues et des tempêtes de la vie ont trouvé dans l'Église un lieu de paix, de guérison, de pardon.

Oui, toutes ces images conviennent bien à des moments de la vie de l'Église. Mais à tout moment dans son histoire, l'Église a besoin d'une autre image. Celle-ci :

L'Église comme bateau en cale sèche, en train d'être repeint, remodelé, réparé...

C'était le message, samedi matin, de Chris Wright, missiologue, théologien et étudiant de l'Église mondiale. Parlant de notre témoignage, du décalage entre notre message et notre vie, il a prononcé les mots suivants à notre sujet, l'Église évangélique rassemblée au Cap : 'Nous sommes un scandale, un reproche, une pierre d'achoppement. Le plus grand obstacle à la mission de l'Église, c'est le manque d'authenticité et d'intégrité dans l'Église.' En le disant, il a rappelé une croyance profonde de la Réforme protestante au temps de la décadence de l'Église romaine : les réformateurs ont dit, avec beaucoup d'humilité : semper reformanda, toujours en train d'être réformée.

Ce qui est miraculeux avec l'Esprit Saint, qui entreprend la remise en état de l'Église en permanence, c'est qu'il peut faire son travail de réforme sans nous enlever complètement de l'eau, et sans nous enlever ces autres caractéristiques. Et qu'il fait la même chose pour chacun des membres de l'Eglise. Quelle grâce et quel amour.

jeudi 28 octobre 2010

Une photo historique

Ça y est.

Un moment historique.


On a parlé des 197 pays représentés au Congrès. Je sais qu'il y a pas mal de pays francophones, mais j'ignore le nombre exact. En plus, même si j'en ai croisé pas mal, il y en a beaucoup que je n'ai pas vu, et ça me gêne quelque part. Et à 16h le dimanche, nous avons l'occasion de nous voir, entre nous, lors de la rencontre francophone.

Nous sommes une cinquantaine de pays - pour la liste officielle de la francophonie, cliquez ici. Et c'est tout simplement merveilleux. Ça fait quelques années que Jonathan Finley me parle de comment le centre de gravité de la foi chrétienne se déplace vers le sud et vers l'est. Au début du 20e siècle, le christianisme avait une démographie occidentale, majoritairement en Europe et aux USA. En ce début du 21e, la majeure partie des gens qui se réclament du christianisme se trouvent dans l'hémisphère sud. C'est le cas globalement, c'est le cas particulièrement pour l'Eglise francophone. Et voilà que j'ai la preuve, en chair et en os, devant mes yeux. Une salle multiculturelle où les Français métropolitains sont très minoritaires, et où les pays de l'Afrique de l'ouest et sub-saharienne sont majoritaires. L'un de leurs représentants, Daniel Bourdonné, prend la réunion en main - souriant, confiant, chaleureux, plein de force et vitalité, il semble résumer à lui seul ce qui est en train de se passer.

Nous regrettons que le français ait été si peul parlé lors du Congrès. C'est l'un des 8 langues officielles, mais l'anglais est l'unique langue entendue de l'estrade - les Francophones sans anglais passent leur journée avec des écouteurs. Nous disons notre joie d'être réunis. Nous affichons notre volonté de convoquer un Congrès francophone dans un avenir proche.

J'observe, émerveillé. Je me dis - c'est une occasion historique, peut-être la première fois depuis qu'on commence à constater et parler de ce déplacement du centre de gravité de la foi chrétienne, que l'Eglise francophone soit rassemblée comme ça. Je sors, je glisse un mot à un des stewards, qui part chercher un des photographes officiels. A la fin de la réunion, nous nous mettons en rangée, environ 200 francophones chrétiens, de tous les pays francophones. Le groupe est tellement grand que le photographe a du mal à mettre tout le monde, mais après 10 minutes d'essai, c'est plus ou moins ça. Le photographe, un brin perfectionniste, voudrait ressayer une dernière fois. Mais quelques dames Africaines, voyant que c'est l'heure de manger, se lèvent et se dirigent vers la porte, provoquant un exode général. L'Église francophone s'était prononcée d'une voix unanime : elle voulait manger.

Cette photo de l'Église francophone, vous ne le voyez pas sur ce blog, car elle n'a pas encore été envoyée. Elle sera précieuse quand elle arrivera, je l'afficherai, rassurez-vous. Mais pour la plupart, vous n'avez pas besoin de cette photo. Vous en voyez la réalité tous les dimanches. Des Haïtiens, des Ivoiriens, des Congolais, des Sénégalais, des Centrafricains, des Burkinabés des Camerounais, des Maghrébins, des Français métropolitains, des Antillais, des Cambodgiens, des Malgaches - voici, parmi d'autres, les membres de nos Églises. Nous vivons la multiculturalté, c'est une richesse pour nous déjà, à nous de l'approfondir et de la travailler ensemble et en partenariat pour la gloire de Dieu. Et levons-nous, comme l'ont fait ces dames Africaines, pour manger ensemble maintenant et pour anticiper le grand banquet de la nouvelle terre et des nouveaux cieux, ce qui est notre avenir certain.

vendredi 22 octobre 2010

La mondialisation

C'est un Congrès mondial, global pour l'Église globale - ou plutôt cosmique comme l'a rappelé John Piper, Ephésiens 3 à l'appui.

Qui fait tous ses efforts pour 'être mondial dans tous les sens. D'abord par la représentativité. Il y a des délégués de 197 pays. J'ai essayé de lister tous les pays que je pouvais sans consulter la toile ou un bouquin de référence. J'en suis à un peu plus de cent. Il y a des délégués de pays dont je ne connais pas, ou pas tout de suite, le nom. Aussi par la diversité - entendre des chants en arabe ou en japonnais qui louent le même Dieu est merveilleux.

Qui est retransmis par internet aux 4 coins du globe, à des centres dans beaucoup de pays qui relayent le Congrès live et en direct. Dont les portails internet permettent aux surfeurs de commenter et même influencer le Congrès par leurs interventions sur des thèmes précis.

Qui est possible grâce au village global créé par le transport facile et de moins en moins cher.

Où les outils de la mondialisation sont omniprésents - vidéo, écran géant, communication numérique de qualité...

Et dans ce Congrès qui profite énormément des possibilités offertes par la mondialisation, nous nous posons la question des écueils de la mondialisation pour l'humanité et pour l'Eglise.

D'abord qu'est-ce que la mondialisation ?

C'est un concept difficile - parle-t-on du système capitaliste ? C'est sûr que c'est un système totalisant, globalisant.

Mais c'est mieux de dire que c'est la possibilité de communiquer instantanément, simultanément et partout, ce qui a pour effet d'embrouiller la distinction entre présence et absence. Par le biais d'un écran ou d'un sms, on peut être absent du lieu où se trouve son corps et présent dans un lieu à des dizaines de milliers de kilomètres. La barrière de l'espace est anéantie.

Le monde évolue vers cette communication instantanée, simultanée et omniprésente depuis l'invention de la roue et des routes, de l'alphabet et des imprimeries. Mais dans le monde informatique, nous sommes arrivés à un stade qui dépasse de loin tous les autres. Il y a des bénéfices et des coûts énormes. Pour donner un exemple : avec la communication par mobile et par internet, nous habitons un espace unique - le travail nous suit jusque dans nos salons et nos salles à manger.

En même temps, on peut remarquer que cette communication oppose le réel au virtuel, le substantiel au divertissant, le dialogue à la phrase qui tue. Notre capacité de communiquer et d'assimiler est de plus en plus fragmentée et dissipée. Ce qui différencie - dans le sens positif - une région de la prochaine, un pays d'un autre est effacé, le générique règne.

Et voilà l'ironie. En choisissant les outils de communication de la mondialisation, le Congrès est parfois lui-même sujet à ces mêmes critiques.

En variant les modes et moyens de présentation sans cesse, en limitant les orateurs dans leur temps de parole (25 minutes pour la première plénière, jamais plus de 15 minutes pour le reste de la journée), en faisant suivre les interventions instantanément sans laisser de temps pour développer, digérer ou analyser, les organisateurs risquent d'importer les caractéristiques néfastes de la mondialisation dans le Congrès.

Ce qui est dommage, car les intervenants et les infos sont de qualité. Mais que penser lorsque dans un programme de 90 minutes, on peut avoir sur l'estrade Samuel Escobar et René Padilla, deux géants de la réflexion et de la pratique de la mission de Dieu des 50 dernières années, et n'entendre de leur part que 10 minutes de conversation ? Et cela après une intervention de Tim Keller, un des pasteurs les plus innovants dans la matière de l'Eglise en milieu urbain, où il ne disposait que de 15 minutes ? Et le tout entouré et parfois noyé dans des vidéos, des témoignages, des sketches.

On a tous les défauts de nos qualités, ce Congrès ne fait pas exception. Je suis content que les qualités sont plus présentes que les défauts, j'espère que dans la 2e moitié du Congrès, on palliera certains d'entre eux.

C'est le premier blog un peu négatif jusque là. Cela ne veut pas dire que j'ai cessé d'aimer cette expérience, de m'émerveiller, de me ressourcer. Au contraire. Mais j'espère qu'en lisant cette réflexion constructive mais critique, vous me croirez davantage quand je dirai tout le bien que je pense de ce Congrès.

mercredi 20 octobre 2010

Une journée typique au Congrès

Avant de plonger dans une analyse détaillée de tout ce que je vois au Congrès - ce qui commencera demain - j'ai envie de vous raconter une journée typique.


A 9h nous nous assemblons pour la première plénière de la journée. C'est centré sur la lettre de Paul aux Ephésiens. Nous chantons pendant 10 minutes, dans toutes langues imaginables. 
Puis, nous prenons chacun un temps pour étudier le passage qui sera abordé dans le message. Nous discutons de ces premières impressions autour de notre table pendant 5 minutes. Les tables sont organisées par le Congrès, toujours les même, 6 personnes qui parlent la même langue. L'idée, c'est de mieux se connaître au cours de la semaine et de participer activement dans l'étude de la bible. Nous ne sommes que 3 à ma table, un congolais de la RDC, pasteur et évangéliste, un Malgache qui travaille à Aix dans les Eglises Malgaches en France et moi-même. L'orateur vient apporter le message. Le groupe reprend ensuite le relais pour chercher des applications concrètes dans chacun des contextes représentés. C'est la fin de la première plénière.


Après une pause-café, la deuxième plénière : centré sur le thème de la journée (vérité, réconciliation, autres religions), il y a des interventions courtes (10 à 15 minutes), des sketches, des clips vidéos, des témoignages - un véritable magazine où les différentes média se relayent et se complètent.

A midi trente, on mange. Une occasion, comme le repas du soir, de rencontrer d'autres, d'échanger, de se rendre compte de la vraie et belle diversité de l'Eglise mondiale. Dans ces photos, Reagan du Sudan et deux frères du Mali. Une richesse inoubliable.


Dans l'après-midi, le choix des multiplex est énorme :  témoignage, dogme et diversité, moyens, crise écologique, mondialisation à chaque fois en rapport avec la mission et l'évangélisation. Un panel de 4 ou 5 spécialistes, de différents pays abordent la question de différents angles (enseignant dans une fac de théologie, pasteur, docteur, homme d'affaires...) et cela débouche sur un temps d'échange autour des tables et avec les orateurs. On peut suivre le thème plus dans le détail en assistant à une séance de dialogue d'une heure et demie, dans des groupes moins importants.

Le repas du soir, un buffet préparé par le centre, et pas mal du tout, est à17h30. A19h30, la journée se termine avec une 3e séance plénière sur ce que Dieu est en train de faire dans le monde avec un coup d'œil sur une région (Asie, Amérique Latine, Moyen Orient) et sur un thème (liberté religieuse, sida, mégapoles).

A 21h30, je rentre à mon hôtel, où j'essaie de réfléchir à ce que j'ai vu et entendu, de prier par rapport à ça et pour l'Église de Lagny en demandant à Dieu de me transformer davantage selon son image et selon sa volonté, d'utiliser ce que je vis ici pour le bien de l'Eglise à Lagny et plus loin. Et j'ai souvent le plaisir d'échanger par téléphone avec Rachel, et de me renseigner sur ma petite famille. Qui me manque, mais qui va bien et qui me soutient.

lundi 18 octobre 2010

Cérémonie d'ouverture

Pas de photos, ni rien d'autre qui peut détourner notre regard de l'essentiel :

Plus de 4.000 voix venant de 197 pays qui reprennent le chant d'ouverture du premier grand Congrès pour la mission en 1910. Sur l'estrade, des représentants de l'Asie, de l'Afrque, des Amériques, de l'Europe. L'orchestre joue avec sobriété et puis, crescendo, avec une confiance et une joie communicatives, la mélodie bien connue :

À l'Agneau sur son trône apportons la couronne,
Il l'a conquise sur la croix ; il est le Roi des rois !
Éveille-toi, mon âme ! Bénis, adore, acclame
Avec tous les anges du ciel, Jésus, Emmanuel !

À l'Agneau sur son trône, l'encens et la couronne
Car il est le Verbe incarné, d'une vierge il est né.
Ô sagesse profonde ! Le Créateur du monde
Pour vaincre le mal triomphant s'est fait petit enfant !

Il eut la croix pour trône, l'épine pour couronne !
Mais le Père a glorifié son Fils crucifié.
Au Prince de la vie, la mort est asservie ;
Hors de la tombe il est monté ; Christ est ressuscité !

À l'Agneau sur son trône, la palme et la couronne,
Car il est le Prince de paix, il règne désormais.
Les fureurs de la guerre s'éteindront sur la terre
Où renaîtront, comme jadis, les fleurs du paradis !

À l'Agneau tous les trônes et toutes les couronnes !
Il est le Maître souverain, les temps sont dans sa main.
Rendons l'honneur suprême à celui qui nous aime
Et qui revient victorieux pour nous ouvrir les cieux !

L'Agneau sur son trône, l'image du Christ de l'Apocalypse, qui réunit humilité, sacrifice, victoire et règne, est hautement approprié pour notre Congrès : car c'est en humilité et en sacrifice que l'Eglise veut se tourner vers le monde, pour présenter le Christ, pour inviter tout le monde à participer à sa victoire et à son règne : enfin, pour l'adorer.




samedi 16 octobre 2010

Comment une personne devient-elle une personne ? (2)

Vraiment, cette question ne me quitte pas !

5 vignettes d'aujourd'hui pour tenter d'aller plus loin.

1. Petit déjeuner au hasard avec un Sud-africain de Limpopo (nord). Né en 1977, ce jeune collecteur d'impôts (il est diplômé, son travail consiste à recevoir les taxes...bref) a connu l'apartheid. Sa langue maternelle n'est pas considérée à l'école. Il décrit son éducation comme ayant l'intention de le garder dans sa négritude, dans sa pauvreté, dans son exclusion. Il apprend un anglais de gamin à l'école, on lui enseigne comment déplacer des choses, on le forme pour que ses horizons se rétrécissent de jour en jour. Au moment d'aller à la fac, les noirs votent pour la première fois, Mandela accède au pouvoir, il a le droit d'aller à l'université à Pretoria où il étudie...le droit. Il décroche un poste à la Cour Suprême au Cap pendant 2 ans, il est propriétaire d'une maison à Soweto, qu'il loue, et est lui-même locataire à Pretoria. Polyglote (il parle 5 ou 6 langues), fin dans sa dissertation sur la situation économique actuelle de son pays, il s'étonne toujours qu'il puisse être assis à côté d'un blanc (= moi) dans un hôtel. Il a vécu dans l'Afrique rurale, dans l'Afrique des townships, dans l'Afrique occidentalisée et cosmopolite, il navigue avec assurance dans son monde dont les horizons sont aussi vastes que ceux qu'on voit du haut de Table Mountain.

2. Après-midi sur Table Mountain avec un ami. C'est un ami, mais avant de devenir mon ami, il était mon pasteur. Ensuite il est devenu mon mentor et mon formateur, mon exemple dans le ministère. Sans cesser d'être mon ami. Dans tous les contacts qu'il a eus avec moi, il avait toujours comme intention de me bénir et de me recentrer autour de l'Évangile et la mission de Dieu. Je ne pourrai décrire tout ce que je lui dois. Il est un des orateurs lors du Congrès. Je sais en partie comment je suis devenue la personne que je suis.



3. Dans le taxi au retour de Table Mountain. Le chauffeur est Zimbawéen, le CD aussi. La musique est entrainante, vivante mais les paroles inaccessibles pour moi. Je lui demande de quoi il s'agit. 'Dans cette chanson, le chanteur nous rappelle que si nous devenons riches, nous devrions pas oublier les pauvres, mais plutôt partager.' Deux chants plus tard 'Et ici, il chante comme un enfant dont le père bat la femme, et les enfants disent au père, tu nous fait peur quand tu fais ça, comment peut-on vivre en voyant les larmes qui coulent sur les joues de maman ?' Des tubes zimbabwéens, qui prennent à bras le corps, mais sans agressivité et avec optimisme les questions culturelles du jour. Qu'est-ce que notre musique peut être banale en occident...

4. Rencontre avec le directeur de la mission baptiste en Irlande. On parle des occasions que nous pouvons offrir à des jeunes de goûter à la mission et au service des Églises ailleurs. Il me parle de 10 jeunes qui sont partis 9 mois au Pérou dont 7 comptent donner une suite positive et plus à long-terme à leur expérience. De quoi me faire rêver encore...

5. Je vous ai parlé de l'insécurité. Je rentrais du Waterfront ce soir vers 21h30. Il faisait noir. Je vois devant moi, faisant quasiment obstacle sur le trottoir, un homme immense, le bonnet enfoncé sur la tête, les bras croisés, les biceps gonflés. Je m'approche de lui, mon cœur accélère. Je vois devant lui un appareil photo, il est juste en train d'attendre une photo de 30 secondes de temps de pose. Soulagé, je lui parle, il m'explique ce qu'il fait, il me montre la différence entre 2 secondes, 4 secondes, 10 secondes et 30 secondes. Plus l'image est exposée à la lumière, plus elle a de luminosité.

Comment une personne devient-elle une personne ? Ma réponse définitive - lorsque j'en aurai une - contiendra les mots suivants : l'éducation, l'amitié intentionnelle, la culture positive, les occasions de faire les expériences, et un temps de pose très long face à la Lumière.

vendredi 15 octobre 2010

Comment une personne devient-elle une personne ?

Les lieux connaissent parfois des métamorphoses plus spectaculaires que les personnes.

Le V&A Waterfont (front de mer au Cap) est aujourd'hui un endroit très chic, plein de restaurants et de magasins de marque. On y va pour s'amuser, pour écouter la bonne musique qui anime sans cesse les recoins des rues piétonnes, pour manger, éventuellement pour une balade en bateau pour rendre visite aux baleines ou aux pingouins.

Avant, c'était plutôt un port industriel. Rien de très spectaculaire, vous me dites. Un port industriel qui devient un front de mer touristique, on a connu mieux. Mais on y allant, on croise les statues des 4 citoyens du Cap ayant décroché le prix Nobel de la paix : Albert John Lutuli, Nelson Mandela, F.W. de Klerk, et Desmond Tutu. Sur le trottoir, gravé dans toutes les langues de l'Afrique du Sud, des phrases emblématiques de chacun. Celle de Desmond Tutu, archevêque du Cap, me frappe :

Une personne est une personne par le biais d'autres personnes. Une pensée saisissante, qu'elle soit vraie ou fausse. Qui stimule et qui fait réfléchir.

C'était dans cet état d'esprit que j'arrive au front de mer. C'est peut-être pourquoi je remarque, au milieu de tous les beaux bâtiments et les couleurs des restaurants un bâtiment gris, anonyme.



Ici, jadis, on prenait le bateau, pas pour une heure d'amusement, mais pour aller en prison, à Robben Island. C'est là où Nelson Mandela a attendu, dans la salle d'attente réservé aux 'non-blancs', avant d'être incarcéré pendant 18 ans.


Sur ce lieu, dans les 17e et 18e siècles il y avait des bateaux aussi. Ceux-là ne partaient pas, ils arrivaient, faisant escale entre l'Inde et l'Europe, avec des cargaisons d'épices et d'autres objets de valeur. Il était évident que le Cap ferait un magnifique lieu pour ravitailler les équipages, pour hiverner ou autre. Mais il manquait de main d'œuvres pour les tâches lourdes. Et donc d'autres bateaux arrivaient, bourrés d'hommes et de femmes, vendus comme esclaves et abrité comme du bétail dans The Slave Lodge, aujourd'hui musée de l'esclavage au Cap.



Lieu d'esclavage, d'apartheid, d'industrie et de plaisir. Un lieu qui a connu des métamorphoses multiples, profondes.

Mais qui ne me permet pas, finalement, de répondre à la question de comment une personne peut devenir une personne. Si ce lieu pouvait donner une réponse, se contenterait-il d'indiquer les hauts lieux du 21e siècle, les bars, les restaurants et les magasins ?

Pour revenir à la réponse de Desmond Tutu (en fait il cite un proverbe africain): il y a une part de vérité, mais il va trop vite et trop loin.

Une personne est une personne d'abord car elle est créée à l'image de Dieu (Genèse 1.28). C'est un crédo incontournable de la foi chrétienne, qui efface toutes les inégalités, qui les rend radicalement péché.

Ensuite, pour nous qui reconnaissons notre éloignement de cet idéal et venons à Dieu en repentance et foi, la personne est récréée par l'Esprit de Dieu pour ressembler à et suivre Jésus, le fils de Dieu (voir 2 Corinthiens 5.17). Ainsi nous devenons pleinement, quoique progressivement les personnes que Dieu désire.

Mais si ces choses sont acquises chez nous, nous pouvons ensuite relire la phrase sur le trottoir à côté de la statue de Desmond Tutu et nous rappeler que Paul a dit que toute la loi est accomplie dans une seule parole, celle-ci : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. (Galates 5.14) Et nous dire que nous ne pouvons pas devenir les personnes que nous sommes censées être en l'absence de toutes ces personnes que Dieu nous demande d'aimer et de chérir - et que c'est peut-être le moment de chercher auprès lui une métamorphose spectaculaire.

jeudi 14 octobre 2010

Une chrétienne ordinaire

John Piper, Tim Keller, Vaughan Roberts, Rebecca Manley Pippert, Os Guinness, Chris Wright et j'en passe - des orateurs renommés, auteurs de plusieurs livres, avec des site-web dédiés.

Je profiterai pleinement de leur sagesse, je prie que l'Esprit les utilise dans les jours à venir. Mais aujourd'hui, j'ai eu l'occasion de rencontrer une chrétienne ordinaire. Et c'était génial. Laissez-moi vous raconter ça...

Steve Voke est pasteur à Esbly. On se connaît depuis 4 ans, on a collaboré sur pas mal de choses, on s'entend bien. Juste avant mon départ, il me dit qu'il a une grande-tante habitant au Cap. Je n'ai pas le temps de prendre les détails avant de le quitter, mais l'internet est formidable pour ça, et hier, j'ai reçu ses coordonnés au Cap. Après un temps de lecture autour des thèmes du Congrès (je compte en dire plus dans un prochain blog), je lui ai téléphoné, mais je suis tombé sur le répondeur. Je vois que l'endroit où elle habite est plutôt joli, et me décide d'y aller tout de même. Si je la vois, tant mieux.

Je prends le train à la gare centrale (pas de grève au Cap) et regarde les banlieues défiler. J'arrive à Fish Hoek, et jette un coup d'oeil sur sa plage célèbre. Le panneau ne m'encourage pas à me baigner. Ensuite je cherche la rue de la grande-tante de Steve Voke. Je tombe sur un riverain, qui me dit que c'est une trotte et prend sur lui de téléphoner pour me donner les bonnes directions. Zena n'hésite pas, saute dans sa voiture et vient me chercher dans moins de 5 minutes. Pas mal pour une octogénaire...

Elle m'installe chez elle, dans son appartement au sein d'une résidence. Toutes les portes ont des barres pour protéger contre les cambrioleurs éventuels. Le thème de l'insécurité est récurrent en Afrique du Sud.

Elle commence à me raconter sa vie. Sa vie où elle a vu ou vécu des joies et des moments difficiles, des naissances et des décès, des mariages et des divorces. Et en tout, sa foi et sa paix transparaissent. Son mari, mort depuis 14 ans maintenant, fut évangéliste et pasteur. Je repartirai avec son livre, qui raconte sa vie et son ministère et qui a pour titre 'Just for the fun of it,' intraduisible mais dont le sens et 'Pourquoi pas, ce sera marrant...'


Elle me raconte qu'une de ses filles est née à Ballymoney et n'en croit pas ses oreilles en entendant que moi aussi, j'y suis né. Elle s'intéresse à mon ministère. Elle demande de voir les photos de la famille et repère tout de suite qui est la coquine de la famille (pas de prix pour deviner, c'est trop facile). Elle me parle de sa vie d'Eglise actuelle, et presse de me présenter à 2 de ses amis de l'Eglise habitant dans la même résidence, qui sont chaleureux, fraternels, charmants, francs.


L'un d'eux nous dit qu'il a des baleines dans la baie. Peu de temps après, nous sommes dans sa Ford, à la chasse (paisible) des baleines. Nous les voyons pas loin de Fish Hoek. 3 ou 4 qui nagent et font surface, en sifflant. Le paysage est à couper le souffle. Elle me dépose à la gare, je lui dit au revoir et elle repart, tout en me disant de refaire un saut si j'ai le temps.

Mais je ne vous ai pas encore raconté ce qui m'a le plus marqué. Pour coïncider avec le Congrès, son Église locale organise 2 soirées dans un café. Elle a invité 2 personnes, et me demande de prier qu'elles acceptent son invitation. A 80 ans, cette chrétienne ordinaire montre que connaître Jésus et le suivre est toujours extraordinaire.

Et une dernière pensée. Notre Dieu se sert, bien évidemment, de tous les orateurs que j'ai cités plus haut. Je le remercie pour ces gens. Mais voici un constat qui s'impose. Sans ces chrétiens ordinaires qui témoignent de leur foi et qui aiment autour d'eux, le reste risque de tomber à l'eau.

mercredi 13 octobre 2010

J'y suis !

A 3 jours du début du Congrès, quelques premières impressions ...

Après presque 25 heures de trajet (Stéphane Dérédjian est passé me chercher à 8h hier, je suis arrivé à 9h ce matin - l'heure française = l'heure locale, donc pas de décalage horaire), on est accuilli par deux personnes de l'équipe organisatrice. La bannière d'accueil, les visages souriants, le soleil au rdv, au loin les collines qui entourent le Cap, le contact qui passe déjà bien entre les 3 Russes et nous, 2 délégués de la France - tout pour me rendre reconnaissant.



Un car nous attend pour nous conduire vers le centre-ville où se situe l'immense centre de conférences. On nous informe qu'au lieu des 4.500 personnes attendues, il y aura plutôt 6.500. Espérons, prions que les délégués chinois et ouest-africains seront parmi nous et que les problèmes de visa de dernière minute ne feront pas obstacle.

Alex, l'un des Russes, m'explique - dans un anglais sans faute - que l'Eglise évangélique russe est en déclin et que les conversions de masse post-révolution s'avèrent superficielles et peu durables. Ceci malgré le fait que 1000 personnes assistent au culte où il est l'un des pasteurs et aussi professeur dans le séminaire rattaché à son Eglise (AT et Hébreu).

Mais la conversation s'estompe à la vue des bidonvilles (townships) longeant la route qui relie l'aéroport (très classe, hommage à la coupe du monde, sans doute) au centre ville. A un moment donné, les abris basiques en bois, en plastique ou en carton cèdent la place à des constructions en béton avec des toits en métal. Le slogan annonce un projet de grande envergure : quitter les bidonvilles pour la dignité - en réalité le pourcentage des bidonvilles ayant connu cette transformation vers la dignité est minime.

Et en tout cas, le contraste entre ces deux types d'habitation (très) modestes est englouti par la juxtaposition de ces derniers avec deux golfs de luxe, des deux côtés de l'autoroute. Point besoin de quitter la France pour se rendre compte du gouffre qui sépare les riches et les pauvres - rappelez-vous de notre culte du dimanche dernier ? - mais il y a tout de même des endroits au monde où c'est tellement frappant que l'on est réduit au silence, où l'on se pose des questions.

Et tout cela dans le contexte de notre lecture de la Genèse, qui nous rappelle la grandeur de la création où l'homme trouve sa place et sa dignité en étant l'image de Dieu. Qui nous rappelle aussi qu'il perd sa voie dans l'éloignement tragique de Dieu et de sa volonté - ce qui l'éloigne inéluctablement de son prochain. Heureusement que notre berger et le gardien de nos âmes est venu nous chercher et nous conduire sur les sentiers de la justice (1 Pierre 2.24-25)