vendredi 15 octobre 2010

Comment une personne devient-elle une personne ?

Les lieux connaissent parfois des métamorphoses plus spectaculaires que les personnes.

Le V&A Waterfont (front de mer au Cap) est aujourd'hui un endroit très chic, plein de restaurants et de magasins de marque. On y va pour s'amuser, pour écouter la bonne musique qui anime sans cesse les recoins des rues piétonnes, pour manger, éventuellement pour une balade en bateau pour rendre visite aux baleines ou aux pingouins.

Avant, c'était plutôt un port industriel. Rien de très spectaculaire, vous me dites. Un port industriel qui devient un front de mer touristique, on a connu mieux. Mais on y allant, on croise les statues des 4 citoyens du Cap ayant décroché le prix Nobel de la paix : Albert John Lutuli, Nelson Mandela, F.W. de Klerk, et Desmond Tutu. Sur le trottoir, gravé dans toutes les langues de l'Afrique du Sud, des phrases emblématiques de chacun. Celle de Desmond Tutu, archevêque du Cap, me frappe :

Une personne est une personne par le biais d'autres personnes. Une pensée saisissante, qu'elle soit vraie ou fausse. Qui stimule et qui fait réfléchir.

C'était dans cet état d'esprit que j'arrive au front de mer. C'est peut-être pourquoi je remarque, au milieu de tous les beaux bâtiments et les couleurs des restaurants un bâtiment gris, anonyme.



Ici, jadis, on prenait le bateau, pas pour une heure d'amusement, mais pour aller en prison, à Robben Island. C'est là où Nelson Mandela a attendu, dans la salle d'attente réservé aux 'non-blancs', avant d'être incarcéré pendant 18 ans.


Sur ce lieu, dans les 17e et 18e siècles il y avait des bateaux aussi. Ceux-là ne partaient pas, ils arrivaient, faisant escale entre l'Inde et l'Europe, avec des cargaisons d'épices et d'autres objets de valeur. Il était évident que le Cap ferait un magnifique lieu pour ravitailler les équipages, pour hiverner ou autre. Mais il manquait de main d'œuvres pour les tâches lourdes. Et donc d'autres bateaux arrivaient, bourrés d'hommes et de femmes, vendus comme esclaves et abrité comme du bétail dans The Slave Lodge, aujourd'hui musée de l'esclavage au Cap.



Lieu d'esclavage, d'apartheid, d'industrie et de plaisir. Un lieu qui a connu des métamorphoses multiples, profondes.

Mais qui ne me permet pas, finalement, de répondre à la question de comment une personne peut devenir une personne. Si ce lieu pouvait donner une réponse, se contenterait-il d'indiquer les hauts lieux du 21e siècle, les bars, les restaurants et les magasins ?

Pour revenir à la réponse de Desmond Tutu (en fait il cite un proverbe africain): il y a une part de vérité, mais il va trop vite et trop loin.

Une personne est une personne d'abord car elle est créée à l'image de Dieu (Genèse 1.28). C'est un crédo incontournable de la foi chrétienne, qui efface toutes les inégalités, qui les rend radicalement péché.

Ensuite, pour nous qui reconnaissons notre éloignement de cet idéal et venons à Dieu en repentance et foi, la personne est récréée par l'Esprit de Dieu pour ressembler à et suivre Jésus, le fils de Dieu (voir 2 Corinthiens 5.17). Ainsi nous devenons pleinement, quoique progressivement les personnes que Dieu désire.

Mais si ces choses sont acquises chez nous, nous pouvons ensuite relire la phrase sur le trottoir à côté de la statue de Desmond Tutu et nous rappeler que Paul a dit que toute la loi est accomplie dans une seule parole, celle-ci : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. (Galates 5.14) Et nous dire que nous ne pouvons pas devenir les personnes que nous sommes censées être en l'absence de toutes ces personnes que Dieu nous demande d'aimer et de chérir - et que c'est peut-être le moment de chercher auprès lui une métamorphose spectaculaire.

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